Les enfants de demain seront-ils e-éduqués ?
La réponse à cette question ne fait aucun
doute : ils vont, et iront de plus en plus, chercher
la connaissance là où elle se trouve,
avec tous les moyens qui leur seront disponibles. La
question de savoir s'ils ne risquent pas de confondre
information et connaissance, déambulation culturelle
et approfondissement, n'est qu'accessoire quant à
la place que prendront les technologies de l'information
et de la communication dans leur parcours d'apprenants,
à l'école ou ailleurs. Ces T.I.C. seront
bel et bien intégrées comme moyen et leur
maîtrise en tant qu'outil sera indispensable à tous.
Les enseignants de demain, seront-ils des e-éducateurs
?
Assurément. Ils trouvent déjà dans
ces technologies des moyens très performants
pour étayer leur enseignement et pour mieux impliquer
les élèves dans l'accès aux savoirs.
Ils sont conscients de leur rôle dans la préparation
des enfants et des jeunes au monde tel qu'il est, et,
autant que possible, tel que l'on prévoit qu'il
sera. Le fait d'avoir à transmettre des valeurs,
pour certaines à les préserver dans des
sociétés peu respectueuses, ne les rend
pas pour autant passéistes. Les yeux et l'esprit
grands ouverts, c'est à dire aussi vigilants,
les enseignants seront très certainement des
e-éducateurs.
Mais les enfants et l'école doivent-ils être
pris comme l'épicentre et le démultiplicateur
d'un phénomène socio-technico-économique
? Doit-elle jouer le rôle de cheval de Troie de
la nouveauté ? Ne serait-ce pas là un
renversement de logique préjudiciable à
sa mission éducatrice, une instrumentalisation
qui ne peut que la placer devant des impératifs
contradictoires ?
Lors du colloque e-éducation notre ministre, Jack LANG, s'est directement prononcé sur cette question en affirmant sous forme interrogative
:
" Est-ce que l'école doit s'adapter à
l'informatique ou bien, au contraire, comme je le crois,
c'est à l'informatique de s'adapter à
l'école ? "
(http://www.education.gouv.fr/discours/2000/e-educd.htm).
Son développement consiste à réaffirmer
la place des T.I.C comme outil, au service de l'enseignant.
Celui-ci reste indispensable car " jamais l'ordinateur
ne saura expliquer
l'enseignement reste un acte
trop complexe pour pouvoir se faire automatiquement
et sans relation humaine. ".
Le " rapport européen sur la qualité
de l'éducation scolaire " (commission
européenne, mai 2000) insiste fortement sur l'importance
de ces questions en intégrant le niveau atteint
en matière de T.I.C. comme indicateur de qualité
de l'éducation : " Cet indicateur a été
choisi dans la mesure où les T.I.C. sont d'une
importance politique extrême. Elles ont déjà
un impact très profond sur la vie des gens et
sur les apprentissages des enfants. Au Royaume-Uni,
par exemple, les T.I.C. représentent 40 % de
toutes les parts de marché. "
Questions pour l'avenir immédiat ou à long terme : " Quels sont les coûts et
avantages de formes alternatives d'enseignement ? Quelle
proportion de l'apprentissage peut se faire de façon
autonome ? guidée par l'enseignant ? guidée
par les pairs ? à la maison, à l'école
ou au sein de la collectivité ? "
En réponse à ces questions, le ministre
français de l'Education Nationale affirme donc
: pas d'alternative ni de substitution mais de la
complémentarité, une utilisation judicieuse
de l'outil et de ses performances au service des apprentissages
et de l'enseignant.
Les enjeux sont effectivement d'importance, et ils peuvent se résumer dans une alternative simple : afin que les élèves ne soient pas e-éduqués hors de l'école, ou même en se passant de l'école, les enseignants doivent devenir de véritables e-éducateurs.
Les brevets informatique et internet (B2i) s'inscrivent
dans cette démarche (B.O. n° 42 du 23/11/2000).
Ils ne cherchent pas à instaurer une évaluation
sommative faisant obstacle à des parcours et
des pratiques ultérieurs.
Ils ne seront pas organisés comme des examens
auxquels on réussit, ou auxquels on échoue.
Mais ils seront comme la marque d'une étape franchie
dans la maîtrise de compétences spécifiques
aux technologies de l'information et de la communication,
compétences nécessaires à l'enfant
de 11 ans dans sa vie quotidienne et dans sa vie de
futur collégien (1er niveau) ou au jeune adolescent
et futur lycéen (2ème niveau). Ils permettront
aux enseignants et aux élèves de dégager
ces compétences d'une vision globale de la réussite
ou de la difficulté, de les repérer à
l'intérieur des activités pratiquées,
de dégager des indicateurs de maîtrise.
Le franchissement collectif de cette étape sera aussi le signe que l'école et le collège, grâce au savoir faire des enseignants et à la qualité des équipements mis à la disposition des élèves, se donnent les moyens de remplir pleinement leur mission.
Antoine MARTIN I.E.N-TICE
Cet article est paru dans le Bulletin
départemental de l'IA84 au mois de février
2001.
Il est présenté ici dans sa version complète.