1.4.5 Les récits de voyage dans la littérature de jeunesse
Conférence de Patrice FAVARO Saint-Paul-Trois-Châteaux
" Le livre de voyage est une histoire qui ne peut se lire que comme une fiction. " Michel Chaillou
Plusieurs objets textuels :
des relations de voyages en concordance avec le réel.
des récits de voyages plus subjectifs, plus éloignés du réel, souvent postérieurs aux voyages.
des journaux de voyage qui suivent la quotidienneté mais sont souvent des recompositions
les carnets de voyage, qui se veulent des sortes de comptes-rendus pris sur le vif
les romans de voyage (genre en soi) : personnages réels ou non, des espaces présupposés, fictifs, mythiques, légendaires.
Leurs caractéristiques :
leur rapport plus ou moins proche au réel
l'écrit a un destinataire, initiateur du voyage (ministère, monarque…)
le récit est réel ou fictif
l'écrit s'adresse au lecteur et fait référence au destinataire
ce sont des récits polygraphiques (plusieurs récits dans le récit), touchant plusieurs champs (géographie, histoire, musique, ethnographie…) et des éléments visuels (cartes, croquis, photos….)
Quelles difficultés pour les jeunes lecteurs ?
Première ambiguïté :
La perception réel/fiction est différente chez l'enfant et chez l'adulte et il y a difficulté à cerner l'espace réel et l'espace imaginaire. Ce qui est dit porte sur le témoignage d'un espace traversé.
Deuxième ambiguïté :
L'auteur (narrateur) est le seul témoin : qu'est-ce qui est authentique ?
Difficulté à distinguer l'auteur et le narrateur : jeu de masque et passage de la 1ère à la 3ème personne. (exemples " Sous le drapeau " de Jules Verne ; " le voyage de Gulliver " de Swift (note de l'éditeur).
Cette ambiguïté est un puissant moteur de l'imaginaire.
La littérature de voyages à caractère fictif :
Elle apparaît au XVIII° siècle (1788)
1er temps :
C'est le voyage pédagogique : " Voyage du Jeune Anacharsis en Grèce vers le milieu du IVe siècle avant l'ère vulgaire " de l'abbé Jean Jacques Barthélemy.
2ème temps :
C'est le transport géographique au XIX° et au début du XX° siècle : exaltation de voyager avec les nouveaux grands moyens de transports.
On voyage pour éprouver du plaisir : Jules Verne - André Lori. Ces ouvrages sont marqués par le triomphe de la technologie des transports, l'idéologie du progrès technologique (société capitaliste).
Les moyens de transport sont au centre de l'intrigue, nouveau champ d'investigation. ( Le tour du monde en 80 jours - Les cinq sous de Lavarède)
Des récits écrits avec un regard colonial et colonialiste.
Cela s'arrête avec la guerre de 39-45, cassure : le voyage vers la mort : " Un foulard dans la nuit " (Sorbier-Lamartinière).
3ème temps :
Aujourd'hui :
il n'y a plus de terres inconnues, plus de bornes
l'accès aux informations et aux images est important.
Et ceci se traduit par une mosaïque de courants :
Les faiseurs de terres nouvelles :
On se débarrasse des contraintes géographiques : " Le royaume de Kensuké " Morpurgo
On fabrique des terres incognita : " Les derniers géants " François Place ; mise en abyme
On fait appel à un voyage dans un espace vierge (pôles, déserts) " Lettres d'un oncle perdu " Merwyn Peake (Casterman) : fac similé de lettres
Le refus de voyager :
C'est la réaction au voyage :
" Va faire un tour "(Kitty Crowther) , " Je ne veux pas voyager "(Emmanuelle Lattien), " Une allure d'escargot "(Hélène Riff).
L'écrivain voyageur :
Avec une tendance au carnet de voyages : Le Clézio, Pinguilly
" Carnets du monde "chez Albin Michel (réalité sociale et politique)
Aujourd'hui la réalité sociale est souvent absente et beaucoup de ces carnets sont des œuvres de graphistes.
Qu'est-ce que la littérature de voyages peut apporter aujourd'hui ?
Elle marque une époque, un temps et nous renseigne sur la perception de l'autre, l'altérité. Elle sera marquée par un renouveau exogène du Sud au Nord et d'Est en Ouest.
Notes de NR et JPR pour le Groupe départemental « littérature jeunesse » Vaucluse